21.1.2020

Le Plan stratégique pour la diversité biologique 2021-2030 doit avoir plus de poids

Eléphanteau

Eléphanteau

Ces dernières années, différents rapports scientifiques ont très clairement montré que la crise de la biodiversité était tout aussi menaçante que celle du climat. Le rapport publié en mai 2019 par le Conseil mondial de la biodiversité (IPBES) explique qu’à l’échelle planétaire, la biodiversité se porte mal et que de plus en plus d'animaux et de plantes disparaissent. Pour mettre un terme à l'extinction des espèces, ou pour au moins la freiner avec force, il faut que le nouveau Plan stratégique pour la diversité biologique 2021-2030 soit retravaillé afin d’être plus efficace que le précédent.

Le dernier Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 (Objectifs d'Aichi) n'a pas eu assez d'effets : seul un des 20 objectifs formulés a été atteint. La raison en est que les Etats n'ont pas suffisamment procédé à la mise en œuvre des mesures permettant d’atteindre les objectifs, qui étaient bons en tant que tels. Jusqu'à présent, c'étaient principalement les Ministères de l'environnement qui s'occupaient de cette mise en œuvre. Or il leur manquait souvent les moyens et le poids politique nécessaires. Friedrich Wulf, spécialiste en biodiversité chez Pro Natura, explique : « Les causes de l'érosion de la biodiversité se trouvent à tous les échelons de la politique et de la société, c'est pour cela que l'application du nouveau Plan stratégique pour la diversité biologique doit se faire à tous les niveaux ». Par conséquent, les objectifs en matière de protection de la biodiversité doivent être tout aussi contraignants pour le commerce, l'économie et l'agriculture.

Il est également nécessaire d'agir chez nous, où ce ne sont pas des bébés éléphants, mais des papillons, des reptiles, des amphibiens et des poissons qui sont menacés d'extinction. En Suisse, plus de 3'500 espèces d'animaux et de plantes sont sur la Liste rouge. 233 d'entre elles sont déjà éteintes, alors que 506 espèces sont au bord de l'extinction. Au total, c’est plus d'un tiers des espèces qui est menacé. Si le Plan stratégique pour la diversité biologique 2021-2030 est réellement efficace, la Suisse appliquera des mesures appropriées au niveau national.

Friedrich Wulf, notre spécialiste en biodiversité, résume :

Points positifs

  • Le nouveau Plan stratégique pour la diversité biologique ne s'adresse pas seulement aux Ministères de l'environnement, mais aux gouvernements dans leur ensemble, et tous les domaines et secteurs d’activités comme l'économie, la politique commerciale, l'agriculture doivent y apporter leur contribution.
  • La participation est importante, le rôle des populations autochtones est particulièrement pris en compte.
  • L'aménagement du territoire doit apporter une contribution importante à l’atteinte des objectifs généraux.

Points négatifs

  • Le cadre est relativement général, de nombreuses questions doivent être traitées de façon plus spécifique.
  • Un paragraphe demande d'augmenter l'utilisation et l'exploitation de la nature - or c’est précisément ce qui augmente la pression sur la biodiversité. L'agriculture devrait devenir plus intensive (avec le risque d'une utilisation accrue du génie génétique et des processus agrotechniques) et il y a un appel à l'utilisation d’animaux et de plantes sauvages.
  • Une première comparaison montre que les objectifs ne sont pas meilleurs que les actuels Objectifs d'Aichi. Certains éléments de l'ancien Plan stratégique pour la diversité biologique manquent même dans le nouveau plan ; les stratégies nationales en faveur de la biodiversité ne doivent ainsi plus être actualisées. En outre, les règles concernant les réserves naturelles sont moins sévères.
  • Les mesures d'application sont toujours aussi peu efficaces que dans le précédent document. Il ne contient pas de prescriptions sur le reporting, le monitoring ou la responsabilité. Il faut des régulations pour que les changements nécessaires aient lieu au niveau économique et sociétal.

Conclusion – La première version n’est qu’un début. Elle ne contient pas assez de mesures concrètes et efficaces pour remplir les conditions de la Convention sur la biodiversité. Elle comporte en outre des éléments qui nuisent à la biodiversité. Il faut encore beaucoup de travail jusqu'à ce que le nouveau Plan stratégique pour la diversité biologique 2021-2030 permette d'obtenir un vrai changement de tendance dans la lutte contre la crise de la biodiversité. Pour cela, il faut que les spécialistes et les représentant-e-s d'Etats impliqués continuent de travailler sur le contenu et au niveau politique lors des séances de préparation prévues jusqu'à une adoption, prévue en octobre 2020.

Deux initiatives populaires en faveur de la nature

En Suisse, quatre organisations écologistes ont pris les devants et ont lancé l'Initiative biodiversité en mars 2019. Celle-ci exige, entre autres, que la biodiversité soit ancrée dans la Constitution fédérale. Plus d'argent et de terrains peuvent ainsi être consacrés à la préservation et à la promotion de la biodiversité. L'Initiative paysage, lancée simultanément, veut améliorer la responsabilité en matière d'aménagement du territoire. Cette initiative vise à mettre un terme au boom de la construction hors des zones à bâtir.

Terminologie

Convention de l'ONU sur la biodiversité (CBD) – Cet accord sur la diversité biologique a été adopté en 1992 à Rio de Janeiro (Brésil). Actuellement, 193 Etats sont parties à cette convention. La Suisse l'a ratifiée en 1994. Les Etats signataires s'engagent à protéger la biodiversité sur leur territoire national et à soutenir des mesures appropriées pour protéger et exploiter la biodiversité dans les pays en développement. Plus d'informations.

Objectifs d'Aichi – L'actuel Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 a été adopté en 2010 à Aichi (Japon). Plus d'informations.

Chronologie – Le premier projet de Plan stratégique pour la diversité biologique 2021-2030 a été présenté le 13.01.2020. D'ici juillet 2020, un groupe de travail international constitué de spécialistes va retravailler ce projet. La 15e Conférence des Etats parties à la Convention de l'ONU sur la biodiversité (COP 15) aura lieu en octobre 2020 dans la ville chinoise de Kunming. Les points de désaccord seront traités lors de cette conférence et les chef-fe-s d'Etat adopteront, pour la décennie à venir, le nouveau Plan stratégique pour la diversité biologique.


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